Les émotions : c'est pas
facile....
Je présentais dernièrement mes
ateliers de parents à une jeune femme cultivée, vive d'esprit. Bien
qu'elle me montrait un intérêt à ce que je lui expliquais, je sentais
une incongruence dans son comportement. Au fil de notre conversation
j'apprends qu'elle n'a pas d'enfants et elle finit par me dire "parler
d'émotions c'est tabou, on n'en parle pas, ça ne se fait pas".
"Oui c'est en effet difficile de
parler d'émotions quand elles n'ont pas été entendues quand nous étions
enfant. Oui c'est difficile, quand on devient parent d'accueillir les
émotions de nos enfants/adolescents, surtout quand on n'a pas eu le
sentiment d'avoir eu des parents suffisamment écoutants, accueillants,
bienveillants alors que nous souffrions".
L'émotion a un sens, une utilité. Elle
permet de libérer les tensions vécues. E = extérieur, motion = mouvement
: L'émotion est le mouvement de la vie en soi. Elle représente l'énergie
de vie en nous, en mouvement et qui s'exprime de l'intérieur vers
l'extérieur. En cela les décharges émotionnelles sont guérissantes.
Comment un enfant, adolescent peut-il
guérir, évoluer, changer s'il doit garder toutes ses tensions à
l'intérieur de lui ? Tout comme l'image de la cocotte minute on comprend
mieux les débordements extrêmes quand survient un conflit : ça explose,
ça déborde, faute d'avoir su les entendre, porter attention pour libérer
la tension interne.
Prenons l'exemple du
chagrin : avez-vous déjà expérimenté les "ça passera, ce n'est rien,
tu verras demain tu passeras à autre chose, sois fort, il faut bouger,
réagir..." ou autre subterfuge pour faire changer les idées... En
général ce n'est pas très efficace car on reste bien seul avec ses
émotions. L'intention est toujours bonne mais l'efficacité plutôt
faible. On ne devient pas fort en étant tout fissuré de blessures et de
chagrins intérieurs.
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Que dire des émotions éprouvées face à la
violence, l'humiliation, l'indifférence que l'on garde enfouies au
fond de soi et qu'un simple évènement peut réactiver douloureusement.
Alors que faire face à une émotion
difficile ? Peu de chose en fait : être présent à 100 % avec votre
enfant, adolescent, accueillir l'émotion, la nommer, offrir un espace
pour qu'il puisse s'exprimer. C'est tout. Quand l'enfant, adolescent
ressent une écoute, un accueil, une empathie il peut libérer son
émotion, ses tensions et trouve lui-même en général les ressources pour
résoudre les difficultés qu'il vit.
Dans les ateliers de parents que je
propose, j'invite à cet apprentissage de l'écoute active, je 'appuie sur
la méthode Faber et Mazlish et sur d'autres techniques liées à ma
profession. Cela demande un entraînement mais c'est tellement
enrichissant humainement pour soi et les autres.
Rien n'est facile, rien n'est
impossible aussi. C'est une croyance mais j'y souscrits totalement car
je m'applique à l'expérimenter au quotidien. Et je remercie tous les
jours mes enfants qui sont mes meilleurs guides. Grâce à eux je sais que
je suis une maman imparfaite. Grâce à eux, j'ai à coeur d'évoluer, de
reprendre régulièrement mon ouvrage en travaillant plus finement mes
"habiletés de parent". J'apprends à répondre à leurs besoins, à les
écouter, à comprendre leur vécu, à faire qu'ils deviennent adultes. Je
me découvre aussi en tant que personne plus qu'avec mes autres
expériences. Les enfants, les adolescents sont vrais, ce sont nos
miroirs, ils nous renvoient sans concessions à ce que nous sommes. Alors
apprenons qu'il n'est jamais trop tard pour changer.
(Isabelle Piat 15/09/09)
A venir : "Les émotions côté pratique"
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